JOURNÉE N°1
DE L’IMAGE À LA MESURE, DE LA MESURE À LA RÈGLE
11 janvier 2022
L’ histoire des images est intimement liée à celle de la mesure. Si, à la Renaissance, l’invention de la perspective en peinture permet de séparer notre monde mesuré, du divin incommensurable, les images sont, aujourd’hui, des outils de déchiffrement de la planète. Qu’elles soient le résultat d’une captation optique ou d’un calcul virtuel, les images contribuent à une modélisation du monde et deviennent parfois le fondement de la décision politique. Ainsi, elles légitiment l’établissement de la règle en « objectivant » de façon parfois tendancieuse cette prise de décision politique.
Introduction à la journée d’étude
Laboratoire Prospectives de l’image, ENSP,
Caroline Bernard enseignante-artiste
Fanny Terno, doctorante
Voir les embryons : entre esthétique et clinique
Véronique Mauron
Véronique Mauron est historienne de l’art, docteur ès Lettres (Ph.D) de l’Université de Lausanne. Elle a étudié à l’EHESS de Paris. Elle a été conservatrice de la Fondation Oskar Kokoschka au Musée Jenisch de Vevey et a conduit des recherches scientifiques interdisciplinaires (art et médecine, art et cartographie, art et espace public). Elle a été curatrice à la Ferme-Asile, centre d’art à Sion. Actuellement, elle enseigne à l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) où elle dirige aussi le programme culturel (concerts, performances, danse et art contemporain) du CDH-Culture. Outre de nombreux articles scientifiques, elle a publié, entre autres, Le corps évanoui, les images subites (Hazan, 1999), Le signe incarné. Ombres et reflets dans l’art contemporain, (Hazan, 2001), Figures de l’idiot (Léo Scheer, 2004), L’ombre du futur (PUF, 2007), Voyage en zygotie (Edition Cécile Defaut, 2016) et a dirigé de nombreux catalogues et études sur des artistes : Annelies Strba. Frances et les Elfes (2010), Louis Rivier, l’intimité transfigurée (Till Schaap, 2013), Emmanuelle Antille, L’Urgence des Fleurs (2013), Courants continus. Rudy Decelière (art&fiction, 2017), etc. Elle vit et travaille à Lausanne.
Issue d’une recherche sur les images créées par les biotechnologies relatives à la pro-création médicalement assistée (PMA), la conférence, intitulée Voir les embryons : entre esthétique et clinique, proposera un récit racontant les observations et les discours produits par des médecins, des biologistes et des parents. La PMA, telle que pratiquée en Suisse, s’effectue largement par et avec les images. Si les cellules fécondées ainsi que les embryons sont réellement présents dans la boîte de Petri placée sous le microscope, ils révèlent leurs caractéristiques, leurs formes, leurs tailles par les images photographiques prises pour les analyser. Quelques heures plus tard, les embryons qui seront implantés dans l’utérus de la femme seront à nouveau rendus visibles par une projection d’images sur un écran. Que signifie dans le vocabulaire des médecins et des biologistes la phrase : c’est un bel embryon ?
Cette conférence mettra en relief les possibilités offertes aux équipes médicales d’analyser, de mesurer et de décrire les embryons par les seules images. Elle ouvrira la discussion sur le pouvoir des images capables d’agir sur le réel à savoir la pratique biologique, le discours médical et leur effet sur les futurs parents.
Voir ou mesurer : quel est l’objectif ?
Colette Tron
Colette Tron est auteur et critique. Directrice artistique d’Alphabetville, laboratoire des écritures multimédia. Impliquée depuis près de vingt ans dans une pratique et une critique des arts et des technologies, notamment numériques, elle expérimente et explore les formes, les singularités, les hybridations qui y sont à l’œuvre. Dans la perspective manifeste de constituer un espace public critique, les champs de recherche et de création tentent des articulations entre arts, technologies et culture, ainsi que la conception de nouvelles approches pratique(s) et théorique(s) de l’art et de la culture. Colette Tron a dirigé deux ouvrages et publié de nombreux articles.
Telle est la question, concernant l’image numérisée, qu’aura tenté de décrypter l’artiste et réalisateur Harun Farocki, faisant référence aux artistes mathématiciens de la Renaissance et retraçant la calculabilité des images jusqu’aux technologies programmatiques et automatiques, qu’il nommait « images opératoires ». Les images ne sont alors plus faites, selon Farocki, ni par, ni pour l’œil humain. Elles ne deviennent qu’opération technique, ou fonctionnelles ; elles ne sont plus animées, mais programmées. Et déterminent par elles-mêmes des actions à accomplir, des décisions à prendre. La machine, la technologie, prennent le contrôle. A quoi et pour qui travaillent elles ? Quel est leur objectif ?
Excès de mesure, de nombre, d’instruments de calcul, domination des sciences et des techniques, relatifs à la modernité… Objectivation. Il s’agirait alors de repenser les formalisations, modélisations, du réel, à l’aune des technologies numériques, produisant une réalité abstraite dont on ne sait plus qui est l’auteur ni le contrôleur, et bientôt (désormais ?) absente de toute signification, et de toute orientation, de toute qualification. De toute vision.
Intervention de Maria Finders & discussion collective
Maria Finders, rapporteuse, en dialogue avec les intervenant.e.s et les étudiant.e.s
Maria Finders née à Athènes, Grèce en 1959, vit et travaille à Amsterdam, Arles et Paris. Elle est curatrice des LUMA Days pour LUMA Arles. Après une formation en histoire du cinéma et de l’art à Queens (Kingston, Ontario) et Concordia (Montréal, Québec) puis en dessin et peinture à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Maria Finders a entrepris 30 ans de carrière dans l’art, l’entreprenariat et la technologie.
JOURNÉE N°2
COMMENT HABITER ?
24 Mars 2023
Pourquoi le laboratoire Prospectives de l’image (École nationale supérieure de la photographie, ENSP/Arles) réunit une géologue terrestre et extraterrestre, un psychiatre, un professeure=étudiante en épistémologie et compost pour artiste, deux artistes chercheur·euses et une curatrice ? Comment passer des prospections de la sonde Curiosity sur la planète Mars, à l’ouverture de squats d’urgence pour les sans-abris atteints de troubles psychiques dans la ville de Marseille ? C’est par ce grand écart supposé que nous souhaitons parler d’habitabilité : habitabilité du monde, habitabilité de nos quartiers, de nos institutions ou encore habitabilité de nos pratiques artistiques. Comment habiter ? Comment, par exemple, habiter les crises actuelles, si ce n’est en tentant des connexions atypiques, en essayant d’ouvrir des espaces de pensées en constellation entre l’art, la géologie martienne, la science fiction, le tremblement et les psychés humaines ou non humaines ?
L’épuisement comme principe d’habitabilité
Caroline Bernard, artiste chercheuse, professeure École nationale supérieure de photographie
Dans sa nouvelle Rajustements, l’auteur de science-fiction Philip K. Dick décrit un monde découpé en secteurs dont les programmes sont mis à jour régulièrement par un protocole de « dé-énergisation » qui doit être exécuté avec précision. Par un mauvais enchainement de cause à effet, le héros de l’histoire rate la mise à jour de son secteur et se retrouve ainsi « déphasé » sans plus comprendre le monde qu’il l’entoure. La nouvelle de K. Dick fait ainsi écho aux écarts entre l’imprédictibilité du vivant et le cadre qui tente de le contenir. Dans cette intervention, l’idée est s’attacher à des expériences et des performances qui travaillent sur l’épuisement comme moyen de déployer de nouvelles formes d’habitabilité.
Caroline Bernard, artiste-chercheuse, travaille à des formes hybrides entre arts vivants, cinéma et radio. Elle collabore avec des institutions suisses et internationales: les théâtres de Saint-Gervais et Am Stram Gram, la HEAD (Genève), l’UQAM (Montréal), LE LABO sur Espace 2 / RTS. Docteure en esthétique, sciences et technologies des arts, elle enseigne et dirige le laboratoire Prospectives de l’image à l’École nationale supérieure de photographie à Arles, en France.
Déambulation du centre de la Terre à la surface de Mars
Violaine Sautter, directrice de recherche au CNRS Géologue terrestre et extraterrestre basée au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris
Interroger les pierres c’est décrypter leur alphabet minéral, c’est voir dans le noir, c’est effleurer les chaires cristallines de la Terre profonde, toucher du bout des doigts les volcans martiens, écouter le langage des profondeurs et comprendre enfin cette temporalité gelée, cette spatialité dissoute dans l’intimité de la matière minérale…… … Penser à reculons et percevoir alors l’enfance du système solaire, l’enfance de la Terre, tel est le but de cet étrange voyage que nous allons faire ensemble dans d’autres espaces, d’autres temps les yeux rivés sur nos microscopes et sur les oculaires des caméras embarquées sur les robots martiens.
Violaine Sautter est directrice de recherche au CNRS basée au Muséum National d’Histoire Naturelle où elle est responsable des collections de roches. Géologue terrestre et extra-terrestre, elle travaille sur des roches issues de l’intérieur de la Terre, des météorites et sur la surface de Mars à travers les yeux du robot Curiosity. Elle a été commissaire scientifique de plusieurs expositions. Elle a fait de nombreuses conférences et des performances mêlant science et art à la Villa Médicis, à la fondation Cartier et à Beaubourg. Elle a publié aussi dans des revues Grand Public et participé à de nombreuses émissions de Radio (une Journée particulière sur FI, Grand portrait sur France Culture)
Géodélie : comment la Terre nous mouvemente
Emma Bigé, professeure=étudiante en épistémologie et compost pour artiste (CNDC, Angers ; Larret, Périgord)
Où que nous soyons sur Terre, quoi que nous soyons occupées à faire, nous avons cette communauté de destin avec tous les autres êtres terrestres : comme eux, nous sommes attirées par sa masse, et comme eux, nous sommes rivées à sa surface. Et si nous mettre en lien avec la gravité était une manière, même au coeur de nos villes, de faire remonter la part non-humaine qui habite nos expériences ?
Emma Bigé étudie, écrit, traduit et improvise avec des danses contemporaines expérimentales et des théories trans*féministes. Agrégée, docteure en philosophie, danseuse et commissaire d’exposition, elle est notamment l’autrice de Mouvementements. Écopolitiques de la danse (La Découverte, 2023). Elle enseigne irrégulièrement l’épistémologie en écoles d’art et dans des centres chorégraphiques. Le reste du temps, elle vit au bord d’une forêt et, dès qu’elle peut, elle roule par terre.
Habiter le soin?
Vincent Girard, psychiatre chercheur, Hôpitaux universitaire de Marseille
Les personnes vivant des expériences de troubles psychiques sont sans cesse exposées aux questions d’habitabilité: du regard dans l’espace public, à la violence du voisinage et du monde du travail, à la violence institutionnelle des hôpitaux psychiatriques, de la prison et à l’anomie de la vie à la rue où elles se trouvent parfois contraintes « d’élire domicile ». En quoi ce monde est hostile pour des personnes neuroatypiques ? comment peuvent-elles se le réapproprier pour parvenir à l’habiter pleinement?
Vincent Girard, est psychiatre praticien hospitalier à Marseille. Chercheur Associé au laboratoire de santé publique (Centre d’étude et de recherche sur les services de santé et la qualité de vie, Aix Marseille Université) et invited lecturer de Yale Program for Recovery and Community Health ou il a été formé à l’approche orienté rétablissement. Il a participé à l’initiation de plusieurs dispositifs innovants dont la première fut un squat thérapeutique en plein centre ville de Marseille (légalisé par la suite). De cette expérience charismatique, un collectif va naitre (l’équipe MARSS et ses nombreux partenaires) qui va développer de nombreuses innovations : le programme un chez soi d’abord, l’ouverture du Lieu de répit, le dispositif Working-first, le lancement de l’université du rétablissement (COFOR), le programme d’évitements aux incarcérations, la construction de nouveaux métiers du prendre soin (les travailleur·euses pair·es, les régisseur·euses sociaux, les intervenant·es en santé mentale communautaire ). Aujourd’hui, il travaille dans plusieurs collectifs autour des violences et des enjeux du/des traumas, ainsi que sur les bonnes pratiques avec pour l’objectif toujours renouvelé de changer les politiques publiques.
Programmer des dérives : faire trembler la raison
Guillaume Pascale, artiste chercheur et doctorant à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)
Guillaume Pascale se définit comme un programmeur de dérives. D’emblée, on peut souligner — avec raison — la contre intuitivité d’une telle posture pour un esprit envisageant de garder la notion d’ordre statique. Effectivement, souhaiter « écrire avant », selon « l’ordre du jour », une activité dont la vocation est de « dévier du cap initialement fixé » paraît quelque peu absurde voir très éloigné du sentiment d’organisation sous-entendu par l’idée de programmation. L’artiste chercheur invoque ainsi l’institution d’un cadre (la programmation), par une opération soustractive supposant sa neutralisation (la dérive). Il pointe comment l’idée d’une dérive programmée ouvre à une mise à jour de l’imaginaire de science-fiction, au moyen notamment de l’idée d’ordonnancement rituel, mais aussi de celles d’écart et de contingence.
Guillaume Pascale est un artiste, étudiant-chercheur, candidat au doctorat en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous la direction de Jean Dubois, Membre du groupe de recherche interuniversitaire Outerspace and the city co-dirigé par Marie Pier Boucher (UofT, CA) et Alice Jarry (Concordia, CA). Sa pratique artistique en art médiatique consiste à faire dialoguer un ensemble de données , de gestes et de discours au rythme de leurs coïncidences ou de leurs dé coïncidences, afin de porter sur l’environnement un regard oblique naviguant entre le ciel et la Terre, le plan et la croute, entre 0 et 1. Son travail a dernièrement été présenté au Planétarium Rio Tinto de Montréal, et à la Biennale d’Architecture de Rotterdam.
À propos de l’habitabilité : Discussion autour de l’école d’art
Discussion collective à propos du bâtiment de l’ENSP réalisé par Marc Barany
JOURNÉE N°3
FAIRE TIERS
4 Avril 2024
En 2004, influencé par la notion de tiers état, le paysagiste français Gilles Clément promeut l’idée d’une « quantité d’espaces indécis, dépourvus de fonction sur lesquels il est difficile de porter un nom » (Clément, 2020). Qualifié d’autonome, d’indécis, de délaissé et de réserve, ce Tiers- Paysage aura ensemencé, au sein du laboratoire PI, l’hypothèse d’un Tiers-images envisagé comme un territoire réservé à un ensemble de créations partageant ces mêmes caractéristiques. Autour de cette approche, aura germé une réflexion à l’égard des sociétés technoculturelles contemporaines dont la ruse pour (se) saisir (de) la diversité de l’existant, consiste à ramener le monde à « l’épaisseur d’une feuille de papier » (Latour, 1987) mais aussi aujourd’hui à celle de la surface des écrans. La journée d’étude Faire Tiers réunit ainsi étudiant.e.s, artistes, chercheur.euses qui cherchent à redonner du je(u), du relief, de l’épaisseur aux anfractuosités d’un savoir de surface dont il s’agit de s’émanciper. La modération est assurée par Martin Guinard, curateur à la Fondation LUMA, à Arles.
« Faire tiers »
Caroline Bernard, artiste chercheuse, professeure École nationale supérieure de photographie et Guillaume Pascale, artiste chercheur et doctorant à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)
Le Bir Tawil est une petite région dont la souveraineté reste ambiguë, car elle n’est revendiquée par aucune des deux nations qui la borde : L’Egypte et le Soudan. À partir de cette étonnante anomalie géopolitique, Caroline et Guillaume proposeront une introduction à cette journée d’étude ou seront mises en tension les idées du délaissé, de la réserve, de l’autonomie et de l’indécis.
Caroline Bernard, artiste-chercheuse, travaille à des formes hybrides entre arts vivants, cinéma et radio. Elle collabore avec des institutions suisses et internationales: les théâtres de Saint-Gervais et Am Stram Gram, la HEAD (Genève), l’UQAM (Montréal), LE LABO sur Espace 2 / RTS. Docteure en esthétique, sciences et technologies des arts, elle enseigne et dirige le laboratoire Prospectives de l’image à l’École nationale supérieure de photographie à Arles, en France.
Guillaume Pascale est un artiste, étudiant-chercheur, candidat au doctorat en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous la direction de Jean Dubois, Membre du groupe de recherche interuniversitaire Outerspace and the city co-dirigé par Marie Pier Boucher (UofT, CA) et Alice Jarry (Concordia, CA). Sa pratique artistique en art médiatique consiste à faire dialoguer un ensemble de données , de gestes et de discours au rythme de leurs coïncidences ou de leurs dé coïncidences, afin de porter sur l’environnement un regard oblique naviguant entre le ciel et la Terre, le plan et la croute, entre 0 et 1.
Khôreô (faire place)
Fabien Vallos, auteur, théoricien et professeur de philosophie en écoles d’art ( ENSP/ASTA)
Dans le cadre de cette journée sur le tiers-paysage, nous voudrions retracer une archéologie du concept d’espace féminine. Il s’agit pour cela de faire une archéologie du concept grec de khôra et d’en proposer une lecture philosophique et poiètique. Ce que ce concept indique est une question de disponibilité. Or ce qui se lit dans le paysage est à la fois une indisponibilité et plus récemment encore une urgence à les rendre indisponibles. Nous tenterons de proposer une lecture de ce paradoxe.
Fabien Vallos est théoricien, traducteur, éditeur, artiste et commissaire indépendant. Il est docteur de l’Université Paris 4 Sorbonne. Il enseigne la philosophie et l’histoire des images dans les écoles d’art d’Arles et d’Angers. Il est responsable du Centre de Recherche Art et Image (CRAI) et du laboratoire Fig. à l’ENSP. Il est le fondateur et le directeur des éditions Mix. Son travail théorique consiste en l’élaboration d’une généalogie du concept d’inopérativé ainsi qu’à la préparation d’une philosophie critique de l’œuvre.
Émergences. Des rivages, des fissures, et des abandons
Véronique Mure, Botaniste et ingénieur en agronomie tropicale
Les plantes savent tout faire, depuis 470 millions d’années qu’elles sont terrestrialisées, ayant émergé des océans pour aller à la « conquête » des continents, elles se déploient dans le sol tout comme dans l’air et inventent indéfiniment leur relation aux autres. Compensant leur fixité par le vivre ensemble, elles saisissent chaque opportunité non seulement pour pousser mais pour faire société. Ainsi de nouveaux écosystèmes émergent de tous les abandons. Chaque friche, chaque fissure, chaque lisière, la moindre irrégularité, sont l’occasion de refuges permettant à la vie de s’installer et de générer un mouvement « vital » qui, patiemment, lentement mais quelquefois assez vite, conduira dans l’absolu à la forêt.
Botaniste et ingénieur en agronomie tropicale Véronique Mure explore depuis plus de 30 ans les liens visibles et invisibles que nous tissons avec les arbres, les jardins et les paysages, de la forêt jusqu’au cœur des villes. Une grande partie de son parcours professionnel s’est fait dans le domaine public, pour le site du Pont du Gard, pour la Région Occitanie, ou encore la communauté d’agglomération Nîmes-Métropole, où elle s’est attachée, entre autres, à préserver et valoriser les paysages qui font l’identité de ces territoires. Elle exerce aujourd’hui une activité indépendante d’expertise et conseil en botanique, jardins et paysages au sein de l’entreprise Botanique Jardins-Paysages.
Séminaire Prospectives de l’image, contributions des étudiant·es (visionnables sur YouTube)
Depuis l’archipel (ou l’impossible mise à plat), Emeline Ametis
Une fois que nous avons fait les sacrifices et inventé les déformations qu’exige la mise à plat de la sphère terrestre, la carte résultante nous renseigne sur les enjeux qu’elle recèle. À partir du concept de mondialité imaginé par Edouard Glissant et de la projection de Fuller, comment pourrions-nous imaginer une nouvelle représentation du monde et de l’humanité ?
Cachette-anticachette, Ambre Husson
Rendre furtives nos existences est-il un moyen de résistance ? Faut-il être caché pour résister aujourd’hui ? Pourquoi avons-nous besoin de cacher, de se cacher ? Qui a accès au retranchement ? Se planquer est-il réel ? Peut-on vivre dans des mondes sans cachette, sans espace de soupape et dans lesquels il est possible de concevoir différemment la réalité ? Où faire émerger ces îlots ? Si la cachette à ses limites, que nous reste-t-il comme moyen d’action pour faire barrière et résistance au système oppressant ?
Amazbaz, Basile Lorentz
Jeff Bazos souhaitera tisser devant ses investisseurs, des liens entre les notions d’écarts, de liquidité et de fragmentation de l’espace; termes qui sont au cœur de la politique managériale de l’entreprise Amazbaz. Il proposera pour cela de mettre en perspective la tragédie de l’Adrianna dans la Méditerranée, avec l’implosion du Titan ; une entreprise autant idiote que désespérée de 5 milliardaires en quête d’aventure. Quelque part entre métaphore marine et maîtrise de la verticalité, Jeff interrogera ainsi la portée politique d’images que ces évènements ont produit ou mis à jour.
Atlantropa, Zacharie Madane
À partir d’une carte de la Méditerranée, Zacharie proposera une fausse promotion d’un projet abandonné au début du siècle dernier : Atlantropa, afin de vous faire investir vos derniers milliards avant la fin du monde. À partir d’une présentation powerpoint, vous découvrirez les points clefs d’un projet dont les coûts de productions, la main d’œuvre nécessaire, ou les retards estimés sont titanesques. Seront abordées les retombées économiques, sociales, politiques et territoriales d’un projet oscillant entre utopie et dystopie, à partir de seulement 1800 euros le m2.
Modus inoperandi, Maud Martin
La surveillance de masse et ses dispositifs militaires infusent notre quotidien et nous obligent à repenser nos manières d’être au monde, entre soumission et paranoïa. Face à l’opacité des systèmes et la standardisation à l’œuvre, Maud cherche du côté de l’inopérant, de l’inefficacité, de l’absurde. En contournant les protocoles induits par les machines, elle imagine un monde où le langage balbutie, où les machines génèrent des outils dont on ne sait pas se servir, des ruines à venir, des futurs fossiles.
Étude du rond, Thomas Pouly
Thomas s’intéresse dans cette intervention à la récursivité des systèmes qui nous entourent, cherchant ainsi à comprendre si ces derniers reviennent ou non à leur état initial à un moment donné. Pour illustrer son propos, il convoque une figure plus singulière qu’elle en a l’air: le rond. Il examine la nature de ce qui est défini comme un cercle approximatif, quelque part entre le cyclique et le linéaire.
Abécédaire du cringe : vers une archéologie post-ironique du réel, depuis une reconnaissance du concept de paradigme dans la fabrique du faire, Christiane Rodrigues-Esteves
Faire le choix de l’institution lorsqu’elle ne nous est pas substantielle c’est apprendre un nouveau langage, celui des phrases construites en métaphores filées, qui n’ont de sens que pour un public aguerri. Ressentir un déplacement et surtout, avant tout un malaise. Le malaise s’éprouve dès lors que quelqu’un·e signifie par ses actes, ses paroles cet écart – pourrait-on même le nommer différemment : cet espace tiers. Cette intervention a pour but d’épuiser cet état pour le détourner sous les traits de la performance drag-king, outil de dérision et d’entre-deux privilégié par l’étudiante. Le temps d’une courte performance, c’est l’occasion de renouer avec l’un de nos faire intuitifs le plus primaire de tous : le rire.
La crise comme espace tiers, Susanna De Vido
Dans une société structurée par des logiques de rangement, où tout (à partir des objets qui nous entourent jusqu’à nos modes de vie) doit être à sa place et respecter un certain ordre pour que cela soit moralement accepté, la nécessité d’introduire le désordre dans nos vies apparait de plus en plus nécessaire. Derrière la promesse d’équilibre et de stabilité en tant que condition idéale, ces schémas nous figent dans une forme d’immobilité, physique et mentale, qui certes nous rassure mais qui nous enferme dans un cadre où tout est nette et prévisible. La crise, qu’on la cherche volontairement ou non, fait irruption dans nos vies, interrompt la linéarité d’un chemin et rompt avec la rigidité des corps, des codes.
Conférence sur la crise
Morgane Baffier, artiste-performeuse
On entend le mot crise partout, tout le temps. La crise obsède les médias, la crise rythme nos vies et les discours des politiciens. Mais que signifie ce mot ? L’artiste s’interroge dans cette conférence sur le terme de « crise » au sens large. Faisant des liens entre crise écologique et crise d’angoisse, entre crise sanitaire et crise de jalousie, elle tente de comprendre les mécanismes de la crise. Parcourant à vélo la courbe de la crise des subprimes de 2008 ou encore celle du choc pétrolier de 1973, elle propose trois théories absurdes pour expliquer la répétition perpétuelle des crises.
Morgane Baffier est une artiste conférencière basée à Paris. Elle est diplômée de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy. Son travail a été exposé notamment au Salon de Montrouge, au Théâtre des expositions des Beaux-Arts de Paris, à la Biennale de Mulhouse ainsi qu’à la Graineterie pour son premier soloshow. Elle est lauréate du Prix Marfa en 2023 et du prix MAD en 2022 à l’occasion du 72e festival Jeune Création. Ses conférences ont été présentées dans des festivals de performance comme la Biennale Nemo ou les Urbaines (Suisse), et dans plusieurs écoles d’arts en France (Beaux Arts de Paris, Nantes, Limoges et Rouen…).
Aire de jeux perma-numériques
Fabien Siouffi, directeur artistique et Vincent Moncho, directeur général du festival Octobre Numérique – Faire Monde à Arles.
Le numérique peut-il être une perma-culture ? A partir d’exemples tirés du permacomputing, de recherche en esthétique et en play studies, les co-directeurs du festival Octobre Numérique – Faire Monde à Arles tracent les contours du thème de l’édition 2024, intitulée Permacomputing Playgrounds. Ils rendront compte de leur exploration et des premières pistes pour un numérique durable…et joyeux.
Avant de rejoindre le festival Octobre Numérique – Faire Monde en 2023, Vincent Moncho a travaillé dans des institutions culturelles d’art contemporain comme le Centre Pompidou et le Palais de Tokyo. Son parcours académique (Sciences Po, EHESS, La Sorbonne Nouvelle, etc.) est notamment marqué par sa recherche sur l’échantillonnage des images, les techniques de sampling et les régimes d’auctorialités. Il s’intéresse au numérique et aux articulations entre technoculture et technocritique.
Fabien Siouffi explore les technologies numériques depuis plus de 20 ans. Avant de se consacrer au secteur culturel, il travaille pour de grandes sociétés du secteur, Ubisoft, Microsoft, Activision-Blizzard, Electronic Arts, Take 2 & Rockstar games. Dans les années 2000, il participe notamment à la conception et au lancement de grands jeux communautaires comme World of Warcraft, FIFA et GTA Online. En 2016, il fonde Fabbula, un lab de recherche sur les technologies avancées – XR, spatial computing, AI, blockchain. Comme producteur, diffuseur et curateur, Fabbula défriche les territoires du «worlding», ou comment les artistes, penseurs et communautés font monde avec les nouveaux médias.
Paysages de l’inconscient du capitalisme
Christophe Bruno, artiste plasticien
Dans ce titre, on retrouve explicitement la notion de paysage et également celle d’image, constituant atomique et anomique des rêves, ainsi que les notions de valeur, richesse ou pauvreté. L’image pauvre est donc bien là, à peine voilée, ainsi que, quelque part, tiers-paysage et tiers-images.
Artiste plasticien issu de la mouvance du net.art, Christophe Bruno vit et travaille à Paris et à Montpellier. Sa pratique traverse de nombreux médiums (digital, Internet, Intelligence Artificielle, installation, performance, dessin, sculpture, peinture, vidéo et NFT). Son œuvre propose une réflexion critique sur les phénomènes de réseau et de globalisation dans les champs du langage et de l’image
